— Bon Dieu de bon sort, vous n’y connaissez rien !
Les yeux du Pêcheur s’étaient allumés comme une braise :
— Rien de pareil encore à l’agrément de se sentir bon pied, bon œil et de traîner sa godaille ! Être feignant, humer le bon air la nuit, de jour se faire calciner l’échine, rencontrer une garce de temps à autre, par ci par là piquer une cuite, et puis s’en aller à sa fantaisie sans demander permission, un rêve ! Oh ! je comprends, c’est pas reluisant pour un type à redingote : il vous faut aussi des élégies lacrymatoires, des larbins, que sais-je !… Tout de même, la vie est un fameux gâteau puisque chacun, dès qu’il y a mordu, veut s’en empiffrer jusqu’au gosier. Moi, voyez-vous, je me f… d’être pauvre, de la rousse et du tonnerre de Dieu, du moment qu’il reste encore du lapin et de la cerise… Mais regardez-moi donc ça ! rien que ce buisson ! Est-ce assez beau et commode ? Et le soleil ! Paraît que des gens ne le voient que tous les six mois : pauvres bougres, je ne changerais pas avec eux, sûr comme je suis là !
— Tais-toi, cria M. Lethois, ne parle pas de ce que tu vois.
— Parbleu, j’en sais pourtant là-dessus autant que vous ! C’est-y que vous verriez par hasard deux clochers, là où les gueux n’en trouvent qu’un ?
Instinctivement, le Pêcheur avait désigné du doigt la flèche de Montaigut ; instinctivement aussi, le regard de M. Lethois avait suivi la direction. M. Lethois eut une sorte de gémissement :
— En effet, j’en vois bien deux.
— Alors, c’est que vous êtes fou. Il n’y a que le médecin pour soigner ces choses-là.
— Un médecin !
Subitement, M. Lethois venait de se dresser. Le Pêcheur avait raison. C’était un médecin qu’il fallait trouver, tout de suite. Il devait exister une drogue, une poudre, n’importe quoi pour détruire de pareils cauchemars !