— On s’aperçoit ici de la sécheresse.
— Bah ! il va pleuvoir.
— Veux-tu visiter mon installation ? proposa ensuite Jude.
Clerc refusa d’un simple geste, montrant derrière la haie sa voiture gardée par un gamin.
— Alors, passe par ici, c’est plus court.
Une petite porte à claire-voie donnait en effet directement sur la route.
Clerc monta dans le char à bancs, secoua les rênes pour les séparer et partit. Jude rentra dans le jardin.
Il éprouvait du plaisir à marcher, le cerveau délivré, l’âme paisible, parce que la certitude était venue. Ne plus errer dans les ténèbres, ne plus osciller au gré des possibles que l’imagination fait surgir, mais avoir devant soi la bataille, c’est-à-dire le seul moyen qu’on ait encore trouvé pour sortir des cas désespérés, quel soulagement !
Il songeait : « Demain, quoi qu’il arrive, ma liberté commence. » Et il n’aurait su ce qu’il entendait par là. Le plus souvent, les hommes se consolent avec des mots qu’ils croient définitifs parce qu’ils sont très vagues. Cependant, ayant levé les yeux vers le ciel bienveillant, il était tenté de croire qu’effectivement demain il pourrait s’y mouvoir sans que rien le retînt, à la façon des nuages.
Il songeait encore : « Il est singulier que ce qu’on a le plus redouté soit si facile à supporter. Je n’ai pas de chagrin. » Tant de fois il avait cru sa vie même attachée au succès de son œuvre, et voici qu’au moment de voir celle-ci disparaître, il n’avait que la joie d’être délivré et plus d’ardeur à vivre !