Un délire l’exaltait :

— Aimer ! qui de nous deux ici profane ce mot ? Savez-vous seulement ce que c’est que d’aimer ?

— Marc, tais-toi !

— J’aime !… Mon Dieu ! pourrais-je expliquer cela devant vous que la vie a condamnée à rester seule ?… Aimer, c’est donner ce qu’on possède et même ce salut dont vous êtes avare ! C’est accepter sans scrupules et dans la joie l’ivresse de l’étreinte ! C’est… Mais non ! vous vous êtes refusé jusqu’au désir ! Dans le spectacle de deux cœurs fondus au même brasier, vous n’imaginez que débauche ! Au geste d’union souveraine, vous répondez par celui qui sépare. L’enfant lui-même, ce miracle ! vous est odieux. Ah ! jamais, non jamais, je n’avais imaginé une vengeance si cruelle !

— Marc !

Suppliante, Mlle Peyrolles lui fermait la bouche. Chaque mot s’enfonçait dans sa chair, la brûlait comme une averse de plomb liquide. Comme il voyait clair ! C’était vrai qu’elle était à jamais isolée dans sa fortune et sa vertu ! Jamais un baiser d’amant ne l’avait fait frémir : jamais elle n’entendrait près d’elle un rire d’enfant. Si celui-ci partait, rien ne l’attacherait plus au monde. Cependant, même pour le retenir, pouvait-elle accepter de sacrifier son âme ?

— Marc ! je t’en conjure, si tu dois t’en aller, que ce ne soit pas sur ces mots atroces !

— Hélas ! s’écria Marc, quels autres pourraient empêcher désormais que nous soyons deux étrangers !

— Depuis hier, j’ai trop souffert par toi !

— Dites que, depuis hier, le passé nous a trop fait souffrir !