— Vous ici ! fait Mlle Peyrolles.

A peine reconnaissent-ils leurs voix. Mlle Peyrolles est sans chapeau, M. Taffin sans bréviaire. Mlle Peyrolles, pâle d’ordinaire, a les joues enflammées : M. Taffin a perdu cette fleur qui rosait sa face grasse, il est blafard et ses yeux luisent. En revanche, mus par un même instinct, tous deux regardent la maison de Lethois. Comme elle est calme, avec ses volets clos ! Quelle paix bienheureuse l’enveloppe ! Et une jalousie semblable les étreint. Parce qu’ils n’ont point reconnu Lethois dans la voiture, ils l’imaginent encore établi là-bas, tranquille, occupé de lui-même.

Cependant, devant cette maison, un homme aussi a l’air d’attendre. Inquiet, il scrute l’horizon, piétine, hésite ; enfin il se décide, il est en marche ! C’est le Pêcheur. Pourquoi rester dès lors qu’Elle n’est plus là, et qui le retient ? Son logis ?… un taudis. La rousse ?… ici ou là, facile à dépister. Les fourmis de Lethois ?… un conte idiot. Joie d’être sans feu ni lieu : on gîte où le désir vous pousse, aujourd’hui à Montaigut et demain où l’aimée vous appelle !

— Où va-t-il ? murmure Mlle Peyrolles, lorsqu’il a passé sans même soulever sa coiffe.

— Je l’ignore, réplique M. Taffin.

A mesure qu’elle s’éloigne, la silhouette du Pêcheur apparaît glorieuse sur la perspective de la route. Ses bras se balancent comme des ailes. Au-dessus de lui il n’y a que du ciel et les nuages que le vent chasse.

— A-t-il de la chance ! dit M. Taffin à voix basse.

Un pli d’amertume contracte alors la bouche de Mlle Peyrolles :

— Un heureux de la terre !