Encore Jude chancela :

— Les courroies, cette fois…

A leur tour, elles changeaient de vitesse : cela se reconnaissait au ton plus grave. Il y eut un grincement de ferrailles : il ne dura pas. Le rythme reprit régulier, ensuite tout à fait lent. Ainsi la chute molle d’un ballon : la toile devenue lâche s’affaisse d’abord sur le sol, ressaute, retombe, enfin s’étale… Le bâtiment de droite se tut !

Seul le bruit des femmes était encore intact ; mais voici que lui aussi changeait, semblait se mouvoir derrière les murailles, tour à tour plus bruyant et moins clair, traversé d’éclats et d’intervalles muets. Cela faisait songer à une flamme sur laquelle le vent passe. Elle paraît s’éteindre, revit, et la lutte recommence sans qu’on puisse présager qui vaincra du souffle meurtrier ou de la lumière qui veut luire.

— L’usine arrête, dit Jean.

— Déjà !…

— Regardez !

Partout, maintenant, des ouvriers apparaissaient. Pareilles à des blessures, les portes rouvertes laissaient couler de chaque bâtiment le sang noir de la foule. Un linceul de silence avait recouvert les machines ; comme dans les cortèges d’enterrement, on distinguait le grésillement mince du gravier roulant sous les semelles.

Alors, devenu blême, Jude dit à Jean :

— Mets-toi là : il est bon qu’on nous voie rester maîtres chez nous.