— Puisqu’il y a une pièce libre à côté, allons-y.

Et Marc, ayant acquiescé, elle partit la première, se laissa tomber sur un fauteuil au hasard :

— Que d’imprévu ! Je crois vivre un cauchemar.

Cauchemar, en effet, cette succession d’événements qui l’entraînaient vers l’inconnu. Sans Pontillac survenu par hasard, aurait-elle rencontré Servin ? Sans la crise qui terrassait Lethois, eût-elle accepté jamais d’entrer dans cette maison ? Jusqu’à cette minute, avait-elle réfléchi seulement à ce qu’elle ferait ce soir, et qu’elle devrait peut-être s’installer là pour tout à fait ? Pêle-mêle, devant ses yeux, des masques s’agitaient : Pontillac sardonique, Servin douloureux, Mlle Peyrolles retenant son neveu, le Pêcheur veillant sur Lethois, Lethois râlant dans la voiture tandis que Marc mesure la longueur de la route avec la frayeur de n’arriver jamais.

Cauchemar, la randonnée vers Revel, sous le ciel bas et terne, et l’apparition foudroyante d’une foule en clameurs qui la couronne ; cauchemar encore cette oppression de peur qui, une fois Lethois à l’abri, persiste, écrase Thérèse, sans qu’on sache au juste d’où elle vient.

— Bah ! dit Marc avec un geste de lassitude, soyons heureux d’en être là.

Thérèse comprit qu’il avait redouté une catastrophe.

— Où allons-nous ? soupira-t-elle.

Il ne répondit pas et approchant de la fenêtre regarda la campagne. Des nuages crépelés effilochaient leur laine au flanc de la Montagne noire. Au-dessous d’eux, les bois avaient pris un ton de branches mortes.

— Ce doit être ici la bibliothèque de M. Servin, reprit Thérèse, obéissant au désir d’écarter avec des mots la désolation qui l’envahissait.