— Un asile dont il doit regretter la tranquillité.
— En effet, comme il doit la regretter !
Puis le silence que Thérèse avait souhaité chasser s’établit, définitif. Leurs âmes venaient de se quitter pour des mondes éloignés, reliées seulement par un oubli commun de ce Lethois qui les avait réunis.
Aux aguets, Thérèse épiait les bruits lointains. Le roulement d’un char à bancs, un cri d’enfant, un volet que l’on ferme lui donnaient le frisson. En même temps, sur le dos des livres, en face d’elle, se dessinaient des ouvriers aux gestes frénétiques. Elle avait beau s’en défendre, le désir de savoir ce qui arrivait à Servin étouffait progressivement en elle toute autre volonté. Des souvenirs lui revinrent.
Ce même Servin marchait à côté d’elle, dans un jardin. Rien n’était encore survenu, ni la maladie foudroyante de Lethois, ni la grève. Il faisait bon respirer l’odeur des herbes trempées. Quels propos les occupaient ? Thérèse ne le savait plus ; jamais, en revanche, elle n’avait pareillement savouré la paix qui émane, l’été, de la terre agreste.
Ensuite, la maison de Lethois, la veille. Dans la nuit, les branches ont pris l’aspect de petits traits minces tracés à l’aide d’un crayon dur sur du bristol. Tout près, il y a sur le sol un rectangle de lumière projeté par la lampe de Lethois. Thérèse interroge le mystère de l’ombre. L’ombre répond : « C’est lui !… » lui dont le pas sonore approche et qui vient l’emporter loin de ce pays où elle souffre, plus loin encore d’elle-même si lasse de souffrir ! lui, Servin !… si c’était vrai ?
Elle railla :
« Mais un curé parut… »
Puis elle se rappela qu’elle était vieille : trente ans.
Marc, de son côté, était parti en songe pour ce Paris où il avait hâte de rentrer. En avance sur les heures, il regagnait son logis. Quelle amertume d’arriver les mains vides ! Là-haut, sur le palier, une femme s’est avancée, se penche… Depuis le départ, elle guette le retour. « Enfin, c’est toi ! » Ils s’étreignent. Elle ne lui demande pas ce qu’il a fait ni pourquoi il semble découragé. Il est là : cette parente inconnue dont il avait parlé et qu’elle redoute ne l’a point gardé : cela suffit. Mais lui, empoisonnant la douceur de l’étreinte, cherche involontairement les ravages nouveaux. Ah ! l’horrible don que de pouvoir, presque à chaque heure, suivre le mal à la trace ! Les tempes depuis trois jours sont devenues plus creuses, le front plus moite. Dire qu’avec un mensonge, il aurait pu arrêter ce supplice ! Et cette idée bouleverse Marc : il en est temps encore ; quand il a quitté sa tante, celle-ci en guise d’adieu, lui a jeté cette supplication : « Dis-moi seulement que ce n’était qu’une épreuve ! » il n’aurait qu’à revenir… Mais non, une révolte culbute ces regrets et il s’interroge éperdu :