Une révolte suivit cette accalmie. Le Pêcheur eut un rire de gouaille désolée :
— Suis-je assez gourde ?
Ne pas les gêner, soit : mais servir de suisse au cortège de ces noces !
— Allons, ouste, décanillons !…
Fuir ! s’en aller très loin pour ne point faire tache sur ce bonheur dont l’heure allait sonner ! C’était là l’unique solution, aussi la plus aisée. Qui d’ailleurs s’apercevrait du départ du Pêcheur ? Elle-même trouverait-elle un instant pour le regretter ?
— Cependant, si Servin ne l’aimait pas ?…
Dernier doute d’une âme assoiffée de bonheur et qui se débat contre la certitude dont elle va mourir.
— Jobard ! est-ce qu’on peut ne pas l’aimer ?…
Que Servin ne l’eût jamais avoué, que même il adorât Thérèse en aveugle, sans en avoir conscience, c’était possible : cela suffisait-il pour arrêter l’inévitable en marche ?
Cette fois, le Pêcheur se leva. Il avait cessé de résister. Vers toutes ces choses qui l’entouraient et qu’il avait tant connues, les grands platanes, la boutique de Paffard le sellier, le café Casse, les vieux bancs de pierre, les beaux bancs neufs munis de dossiers, il jeta un regard passionné, comme s’il tentait de les faire siennes, puis il lui sembla que chacune disparaissait. Une paix religieuse noya dans son ombre l’âme de ce vagabond devenue temple magnifique. Ivre du sacrifice consommé, il partit.