— Je le suis d’être venue, d’avoir cru que vous alliez non seulement m’absoudre, mais me reprocher d’avoir hésité. Vous ne l’avez pas fait : tant pis ! J’use de mon droit ! Je suis maîtresse de mon argent, et libre de le donner aux miens. Ah ! voici qui vous change ! Je ne parle plus de devoir, moi ! Je prétends qu’aucune loi ne peut me défendre de léguer mon argent à mon parent le plus proche : je vous défie de me l’interdire !

A mesure qu’elle s’exaltait, M. Taffin avait reculé. Chaque phrase, chaque mot tombant sur lui l’arrachait peu à peu au délire initial. Une révolution se faisait encore en lui. Après avoir lutté dans l’unique désir d’affirmer son autorité, il s’apercevait que la crise de Mlle Peyrolles était semblable à la sienne. Mêmes paroles impies, mêmes cris d’appel à une justice qui ne paraît pas. Quel autre mieux que lui, d’ailleurs, savait l’impuissance des hommes à guérir de pareilles blessures ? Dieu seul, dont ils doutaient, aurait pu intervenir, et le miracle n’est plus de ce temps !

— Je ne vous interdis rien, fit-il avec un sourire douloureux : est-ce ma faute si l’Évangile est là ?

— Le Christ n’a pas commandé que je chasse les miens !

— Il a dit : « Que celui qui veut me suivre, abandonne son père et sa mère ! »

— Il n’a jamais abandonné la sienne !

— Il a fait plus : il est mort devant elle !

— C’est inhumain !

— C’est divin ! Et tenez, celle-là même…

Cherchant un autre exemple, entraîné une dernière fois par l’habitude, le prêtre s’était tourné vers la statue de sainte Letgarde :