— Et lui, à votre argent !
Elle eut un cri :
— Vous ne le connaissez pas !
— Le connaissez-vous mieux ?
— D’ailleurs, même si c’était vrai, qu’importe ! Je vous dis que je tiens à lui ! Mais tenir à quelqu’un, est-ce que cela peut avoir un sens pour vous qui ne tenez à personne !
— Qui vous l’a dit ?
— Avez-vous jamais eu un père, une sœur, un être enfin auquel toutes vos pensées soient rivées et qui vous ait lié le cœur au point que, lui parti, vous craigniez d’en mourir ?
Elle eut un geste de fierté radieuse :
— Moi, depuis des années, j’avais rêvé de sa présence. J’ai passé des nuits à l’espérer. Je n’en parlais à personne et je ne pensais qu’à lui ! A mon âge, on se sent devenir seule ; les plus égoïstes cherchent quelqu’un auquel passer leur nom, leurs biens. Or, avant de l’avoir vu, je l’avais choisi ; sans le connaître, j’étais certaine qu’il me donnerait le bonheur, la sécurité, la gloriole… Il est venu : c’est mieux. Soirée divine ! Il est médecin. Il a tout, courage, volonté, savoir. Rien ne lui manque. Comme il était fier d’avoir su se passer de moi ! Tandis qu’il parlait, je sentais ma vie se fondre dans la sienne ! Comment ai-je pu dire non quand il m’a demandé ce service ? Je me le demande, je ne sais pas, je trouve cela barbare… Que Dieu l’exige aussi, je me refuse à le croire ! Non, Dieu n’est pas ce que vous dites, ou bien il est pire que l’homme. Un homme, au moins, se laisse attendrir. Lui, on ne le voit pas, on ne sait pas où il est, mais, s’il paraît, ce n’est que pour torturer. D’ailleurs, qui me prouve que vous parliez en son nom ?
— Vous êtes folle !