— Qu’a-t-elle ?
— Sa fille !… répondit M. Taffin avec un geste de pitié.
Mlle Peyrolles enveloppa d’un regard la Blanchotte puis, sans se rappeler qu’elle était à son service, sans même lui adresser la phrase banale qui est le tribut des indifférents à la souffrance d’autrui, elle passa ; au fond du cœur, elle venait d’envier cette misérable dont la fille pouvait encore guérir, tandis que Marc, lui, ne reviendrait jamais !
— Mademoiselle a fini ? dit Cadette accourue au bruit dans le couloir : elle en a, une chance, de pouvoir déjeuner ! Tandis qu’ici…
En même temps, elle se précipitait devant Mlle Peyrolles pour lui ouvrir la porte. Le ciel gris reparut, accroissant par contraste la pénombre douloureuse du presbytère.
— Oui, je m’en vais… dit Mlle Peyrolles d’une voix absente.
Elle aspira ensuite avec avidité l’air frais qui lui arrivait, car elle se sentait étouffer.
— Oui, je m’en vais…
Et derrière elle, la porte se ferma d’un grand coup sourd, comme si le passé, — tout un passé de bonheur et de vie paisible, — heurtait le fond d’une fosse.
Elle partit, d’un pas rigide. Elle s’en allait, en effet, ainsi que va la branche détachée de l’arbre par une tempête quand l’eau furieuse l’emporte vers la mer ; elle s’en allait, au hasard de l’heure et sans espoir ! Sensation bizarre : l’espace lui paraissait agrandi, les maisons lointaines. Entre elle et les choses d’alentour, une muraille d’air épaisse comme l’horizon était interposée. De même, ses pensées tournoyaient. Si on avait pu lire en elle, on eût été épouvanté. C’était une morte qui marchait !