Arrivée devant l’église, Mlle Peyrolles ne voulut pas se signer suivant sa coutume et détourna la tête. Du coup, ses yeux plongèrent dans la plaine. Un frisson la saisit. Elle crut tomber.
Là-bas, du côté de Castres, un petit panache de vapeur trottinait à travers les arbres. Cela ressemblait à un morceau de nuage qui se promène au ras du sol et d’une allure si lente qu’un enfant aurait couru plus vite.
Hypnotisée, Mlle Peyrolles s’approcha de la terrasse, se pencha. Subitement, son cœur était projeté vers ce train qui, si paisible, devait emmener Marc. Ah ! l’abominable chose ! voir un peu de fumée qui s’éloigne, savoir que nulle force au monde ne pourrait l’arrêter et que Marc fuit avec elle, — Marc ayant oublié déjà celle qu’il abandonne, la maudissant peut-être ! Encore trois minutes, encore deux… puis plus rien…
Le corps tendu vers le vide, Mlle Peyrolles sentit une clameur d’appel arriver dans sa gorge, mais aucun son ne sortit. Anéantie, sans autre conscience que d’avoir perdu Marc une seconde fois, elle cessa d’apercevoir la plaine. Qu’étaient pour elle désormais la terre, les récoltes, ses champs ? Ce train qu’elle ne pouvait suivre, venait de la dépouiller : il ne lui restait rien.
— Est-ce assez étonnant ? dit une voix près d’elle : ce qu’un peu d’eau remet de verdure aux feuilles !
Mlle Peyrolles se redressa, frémissante. Dominique aussi était accoudé à la terrasse : tout à l’heure, dans son trouble, elle ne l’avait pas vu.
— Voyez-vous, Mamzelle, encore une ondée comme ce matin, — pas plus d’une heure, — et le grain du maïs en claquera dans l’épi !
— Il a donc plu ? murmura Mlle Peyrolles.
— Faut croire, puisque vous en êtes encore mouillée !
— Au fait, j’oubliais…