— Quoi que vous dites ?

— Regarde…

Côte à côte, M. Taffin et la Blanchotte sortaient de l’église. M. Taffin gardait ses bras croisés pour maintenir sous sa pèlerine le sachet pendu à son cou et qui contenait les saintes huiles. La Blanchotte, au contraire, avait les bras ballants, de longs bras maigres qui avaient l’air de faucher l’espace pour en écarter un fantôme. Cependant, une détresse pareille ravageait leurs deux visages. Celui de la femme avait pris une expression cruelle, à force d’inspecter avec une jalousie affreuse toutes ces choses vivantes dont la terre se couvre durant l’été et qui, elles, auraient pu mourir sans que personne en souffrît. Celui du prêtre semblait anesthésié. Comment M. Taffin avait-il accepté d’aller encore mentir devant l’agonisante ? Il marchait avec la conscience d’accomplir une œuvre étrangère au bon sens, certain que sa volonté présente n’avait aucun rapport avec la logique. Mais la vie aussi est inconséquente. On décide un acte, on s’obstine à le réaliser et on se résigne à un autre !

— Bon Dieu ! c’est-y pour ton homme ? clama Dominique allant vers la Blanchotte.

Celle-ci jeta un mot farouche :

— Mon homme ! Si ça se pouvait !… C’est ma p’tiote !

Encore ses bras tracèrent dans le vide un coup de faulx : elle et le prêtre disparurent à l’angle de la ruelle.

— Si maintenant c’est la jeunesse qui décanille ! fit Dominique, que la nouvelle écrasait.

Puis, se retournant vers Mlle Peyrolles, il tendit la main, sembla vouloir montrer la Blanchotte qui n’y était déjà plus :

— Encore une, dit-il d’une voix rude, qui donnerait sa part de paradis pour sauver sa petiote !…