La maison du juge de paix était située rue du Temple.

Bouchut alla vers la porte, souleva le marteau et frappa un grand coup. En même temps, les plus proches s’arrêtèrent. Cela fit un remous violent : réfléchie au contact du rivage, cette première vague refoulait les suivantes.

Une seconde fois Bouchut souleva le marteau. Le juge prudent était parti !

Tout d’abord, Bouchut ne comprit pas. Simpliste, il n’avait jamais envisagé que la Loi qui se doit à chacun pût leur faire faux-bond. Autour de lui, au contraire, un grognement de colère marqua la stupeur. Presque aussitôt une pierre vola. On entendit le bruit d’un carreau qui se brisait.

Bouchut se retourna, frémissant :

— N… de Dieu ! Voulez-vous qu’on f… les gendarmes à vos trousses ?

Du même coup, il vit la masse qui, un instant retardée, avançait de nouveau. Une épouvante le saisit. Encore un instant, il serait poussé vers la muraille, écrasé contre la maison qui s’obstinait à rester muette ! Toujours sans mesurer ce qu’il disait, il montra l’hôtel de ville dont l’angle apparaissait plus loin, près des couverts :

— C’est bon, le juge n’y est pas : on ira chez le maire !

Et la masse encore suivit, atteignit le cœur de la ville. L’heure était passée où l’on s’inquiète de savoir où l’on va. On allait : c’était tout.

Arrivée terrifiante. Après les rues étroites bordées par des logis qui se haussent comme des digues pour étrangler le passage, subitement l’étal sur la place carrée, très vaste, sans échappées visibles, sur la place où l’on a la sensation d’être à la fois trop au large et mis en cage, tandis qu’au centre, campée sur des arcades, la mairie est pareille à l’usine, pareille à la maison du juge, barricadée et muette…