— Mais… certainement, Pêcheur…
Thérèse avait balbutié. Pourquoi trouvait-elle à celui-là aussi un air changé ?
— Eh bien ? reprit-elle pour se donner contenance.
— Eh bien ! répéta le Pêcheur, paraît que je vous offre mes adieux.
— Tu t’en vas ?
Arrêtée net, Thérèse regarda le Pêcheur. Ce vagabond, certes, ne lui était rien : pourtant à l’annonce qu’il s’éloignait, elle venait d’éprouver un déchirement, comme si le désert s’achevait autour d’elle.
Ardemment, le Pêcheur avait guetté l’expression de Thérèse. Une joie irradia ses traits, puis, tout de suite, il reprit une attitude raide et s’écarta d’un pas : savoir qu’elle le regrettait et se trouver ainsi près d’elle, seuls sur un chemin, c’était trop de risques.
— Bah ! fit-il, une poussée de vadrouille ! Ça m’a déjà pris jadis : ça me reprend. On f… le camp un couple d’années et on revient. La graine a beau girer au vent, finalement elle retourne à son trou.
Thérèse tressaillit encore. Le ton était pareil, le langage semblable à celui des autres jours, pourtant elle ne reconnaissait plus l’homme ni les pensées.
Silencieuse, elle se remit en marche. Le Pêcheur fit de même. Il examinait le ruban de route qui filait devant eux jusqu’à la voie du chemin de fer. Il avait décidé qu’arrivé à celle-ci, il quitterait Thérèse. Chaque pas qu’il faisait diminuait la part de bonheur aigu qui lui restait encore à vivre.