Une ardeur contenue anima son visage. Il acheva :

— C’est votre châtiment : le ciel refuse de consoler ceux qui ne regardent que la terre, et pourtant, c’est le ciel seul qui ne trompe jamais !

— Ah ! s’écria M. Lethois, des phrases de prêtre !

— Ce n’est pas le prêtre qui parle.

M. Lethois partit d’un rire glacé :

— On ne se partage pas. Depuis une heure, nous sommes là qui échangeons des propos sans parvenir à donner aux mots le même sens !

— Vous vous trompez, riposta M. Taffin d’une voix tremblante : si vous aviez connu mon existence de prêtre, si vous soupçonniez une seconde les abîmes de désespoir où mon cœur a cru se noyer…

Il s’interrompit, puis avec un geste navré où transparaissait toute l’amertume du souvenir évoqué :

— Où en serais-je, grand Dieu ! si je n’avais pas eu ce refuge que vous niez !

Ils se regardèrent. Était-ce bien eux qui avaient vécu côte à côte et cru se connaître ? Une autre vie, affleurant à leurs fronts, venait de les transfigurer. Il ne restait rien du Lethois humble et ridicule, de l’abbé jovial, moins soucieux d’au-delà que de bonne chère. Il n’y avait plus là deux êtres de chair et d’os : rien que deux âmes, ayant, au choc de la détresse, laissé tomber leurs vêtements et se montrant à nu.