L’abbé Taffin joignit les mains.
— L’aube !… c’est l’aube !
Déjà, des rais d’or fusaient. Le vert devenait rose, le rose se muait en azur. Partout de longues craquelures brisaient la vapeur matinale, découvrant des verdures, des toits. Les couleurs étaient lustrées, la terre paraissait neuve. Ah ! cette enfance divine du jour qui approche, les mains chargées d’inconnu ! Comme à la contempler seulement, l’homme sent la vie légère ! Plus tard, l’angoisse reviendra, et la fatigue et le découragement morne ; en ce moment, il n’y a plus que le délice d’apercevoir la lumière et le besoin de se mettre à genoux pour la remercier d’être là !
— L’aube…
Instinctivement, lui aussi, M. Lethois parcourait d’un regard peureux la brume qui roulait sur la plaine, et celle encore qui baignait la montagne. Brume réelle ou imaginaire ? Hélas ! comment le savoir ? Où commençait la trahison des yeux ? A quel signe distinguer le mirage de la réalité ? Timide, il scrutait ce flottement universel sous lequel le sol disparaissait, sans oser aborder la vraie lumière ni le vrai ciel. Tout à coup, il étouffa un cri : là-bas, à l’horizon, plus de contours indécis, plus de lignes déformées : les bois se détachaient avec une admirable netteté, l’azur avec une pureté sans égal.
— Qu’y a-t-il ? s’écria M. Taffin.
M. Lethois, transfiguré, balbutia :
— L’aube que je ne croyais plus voir…
— Vous la voyez ?
— Je vois !