Cinq heures : comme il fait bon ! En face du château, la glycine empoussiérée qui pend aux fenêtres de Dominique agite ses grappes sous la brise. Un géranium rouge, sur le chambranle, incline ses pompons pour saluer chaque souffle, puis se redresse, jaloux des parfums qui passent ; et ces parfums, à leur tour, s’évaporent, venus on ne sait d’où, capiteux, discrets… Est-ce l’odeur triste des menthes, l’odeur fraîche des absinthes, l’odeur sauvage des arbouses, l’odeur sucrée des genets ? Il y a de tout dans ce bouquet invisible que l’aube a cueilli et promène, des fleurs de la plaine et des fougères de montagne, de l’eau du torrent et des gouttes de rosée : cependant que la lumière, ingénue et sereine, se lève, ayant la beauté chaste de l’enfance et l’attrait du baiser.

Déjà le soleil a plaqué sur un coin de l’église un beau triangle d’or. Les angélus commencent. Un bourdon velu tourne sur lui-même à la manière d’un derviche. C’est le matin…

Au troisième coup de l’angélus, la forge s’ouvrit et Dominique parut, les manches troussées pour le travail, la pipe au bec. Avec sa barbe de fleuve jaunie par le tabac et son bonnet sur l’oreille, il ressemblait aux patriarches qui veillent à la porte des cathédrales anciennes.

Presque au même instant, un volet s’entrebâilla en face, à l’étage du château.

Dorothée avança la tête.

— Bonjour, dit-elle.

Dominique salua d’un signe, sans ôter sa coiffe.

— Ça va ? reprit Dorothée.

— Ça va, répondit-il, laconique.

— Toujours beau temps ?