— Nous attendrons.

— C’est la bonne heure pour les plantes.

— Quelle chaleur !

— Alors, dit Mlle Peyrolles arrivée près d’eux, asseyons-nous ici ; j’aime bien surveiller mes gens pendant qu’ils travaillent.

Elle donna l’exemple et s’installa sur l’appui de la terrasse, car il n’y avait pas de bancs. Chacun de « ces messieurs » l’imita. M. l’abbé Taffin se mit à droite, M. Lethois choisit la gauche ; alignés de la sorte, recueillis et graves, ils semblaient des officiants.

L’office ici allait être le whist ; whist régulier auquel le temps avait donné des formes fixes et l’importance d’une fonction sociale. Tous trois se rencontraient plusieurs fois le jour et n’avaient rien à se dire ; aucune raison de sympathie particulière ne les rapprochait ; mais, seuls dans ce village à ne point travailler la terre, ils étaient aussi les seuls à constituer la « société ». Chaque jeudi les ramenait donc à cette place avec le même cérémonial, ces phrases inutiles et courtoises, cette manière solennelle d’entrer, et, durant l’été, cette station préalable au jardin.

Le silence, comme la voix, a des nuances subtiles. Tout de suite, Mlle Peyrolles eut l’intuition d’un embarras dans celui qui, ce soir-là, succédait à l’accomplissement des premiers rites.

— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle à M. Lethois, vous ne semblez pas dans votre assiette.

— Ah ! s’écria M. Taffin, vous le voyez, Mademoiselle s’en aperçoit aussi !

— Bah ! répliqua M. Lethois qui avait rougi, un peu de nervosité… L’approche de l’orage. Voyez !