C’était la Blanchotte, demandant le curé.
— Ces messieurs sont partis. Allez à la cure !
Et elle était revenue, irritée par cette alerte, tremblant d’une peur inexplicable et niaise.
Elle se recoucha. Elle songeait maintenant à « ces Messieurs ». Comme il arrive durant les insomnies, ses idées couraient d’un point à l’autre sans lien, mais prodigieusement nettes. Elle revit la dispute, l’adieu glacial, et les deux hommes qui s’éloignaient dans la nuit claire. Jamais elle n’avait eu si bien conscience du peu de place qu’ils occupaient dans ses affections. Ils étaient une distraction à défaut d’autres. Elle s’était faite à les voir, comme on se fait aux meubles laids. Lequel d’entre eux, d’ailleurs, se serait soucié de lui plaire ? Le curé venait, parce qu’il est de tradition qu’un curé aille au château. M. Lethois ne s’occupait que de lui-même. L’un obéissait aux suggestions de sa prudence, l’autre à son égoïsme. Quel mensonge que la vie !
Sans remarquer l’inconséquence, elle leur en voulut violemment de cette indifférence.
« Si je mourais, qui songerait à me regretter ? »
Et un grand froid intérieur la glaça. Personne pour l’aimer ; pas de famille ; une fortune inutile qui attisait seulement les jalousies. Sa piété et le train absorbant des pratiques religieuses avaient pu masquer l’ennui des heures vides, mais non remplir celles-ci. Étaient-ce donc les fous qui avaient raison ?
Aussitôt, par un brusque détour, le souvenir d’un de ces fous lui revint. Elle se rappela son frère…
Mlle Peyrolles eut un sursaut, comme si vraiment ce frère venait d’entrer, et avec lui, tout le passé tragique.
Il venait d’entrer, expliquait au vieux Peyrolles qu’ayant un fils depuis le matin, il voulait en honnête homme épouser la mère et reconnaître l’enfant. Le père criait : « Jamais ! » Puis deux ripostes brèves : — Est-ce parce qu’elle est pauvre ou parce qu’elle fut ma maîtresse ? — Les deux raisons sont bonnes. — Elle viendra ici ou je pars avec elle : choisis ! — Va-t’en !