Mlle Peyrolles laissa tomber la lettre. Ce matin-là, sa lecture, au lieu d’exciter en elle de la colère, lui donnait au contraire une impression de déroute. Dire que tout son désir appelait un enfant et que, cet enfant, elle l’avait écarté ; car, elle en avait la certitude, il aurait suffi de lui répondre : Viens ! il serait accouru. Vision bienheureuse ! Elle imaginait cette arrivée, la vieille maison rayonnant de vie neuve et sans cesse près de soi un être qui vous doit tout. Pas besoin d’authentiquer une parenté pour être aimée : que Marc fût ou non son neveu, cela l’empêchait-il d’être pour toujours le fils de son âme ?

— Mademoiselle !

Surprise d’attendre si longtemps Mlle Peyrolles, Dorothée appelait depuis le jardin.

— Qu’y a-t-il encore ?

— Le premier coup de la messe est sonné !

— C’est bon, je descends…

Avec une sorte de rudesse, Mlle Peyrolles repoussa les papiers et les remit en place. Au choc du réel, elle venait de retrouver tout à coup ses révoltes anciennes. Bon pour les heures d’insomnie de parer un inconnu de toutes les qualités qu’on lui souhaite. Songer qu’il avait cru se libérer d’une telle dette en restituant de l’argent !

Elle murmura :

— Je divague : oublier la messe !

Elle mit ensuite son chapeau, acheva rapidement d’ajuster sa toilette. Elle se sentait encore étourdie, les jambes flageolantes, les yeux brûlés par le manque de sommeil. Rien qu’à prendre ainsi le cycle normal de ses occupations, elle avait conscience pourtant de ressaisir son équilibre. Il y a dans la régularité une force latente. Il suffit d’agir aux mêmes heures et de la même façon pour devenir une loi vivante et paraître, moins qu’un autre, exposé aux coups du hasard.