Une seconde, elle examina encore l’adresse, la dévora du regard, puis brusquement faisant tête à la curiosité de cette fille glissa l’enveloppe dans le paroissien.
— Je sais ce que c’est : hâte-toi, nous serons en retard.
Et elle sourit.
Elle souriait, tenant en main cette petite chose qui allait bouleverser certainement sa vie, cette petite chose que dans ses pires audaces elle n’avait jamais espérée et qui était là, pourtant, alourdissant les feuillets de son livre au point qu’elle ne savait plus si elle pouvait marcher : une lettre de Lui, peut-être apportée par Lui !
— Mais va-t’en donc ! qu’as-tu à me surveiller ?
Cette fois Dorothée recula ; la porte s’ouvrit ; Mlle Peyrolles sortit sans retourner la tête.
Elle s’en allait, automatique et raide. Où allait-elle ? elle l’ignorait. Elle voulait d’abord se garer des yeux trop clairvoyants, des maisons, des hommes, de tous les vivants qui espionnent. En même temps, un mot qu’elle épelait machinalement vacillait devant elle : Marc !
Puis ses idées tourbillonnèrent.
— Le voir !
Ainsi, à l’heure même où elle songeait à lui, où elle désespérait de jamais le connaître, il était venu ! C’était lui, sans doute, dont elle avait entendu le pas, si tard, dans la rue. En se mettant à la fenêtre, elle aurait pu l’apercevoir ! Et à cette pensée, une joie physique la souleva. Le monde extérieur disparut. Elle aurait voulu aussi interroger les pierres, les pavés, pour savoir si le passant tardif était bien lui !