— Voilà, répondit Bouchut, faudrait régler vos embauchages.

Il y eut un bref silence durant lequel chacun, observant l’autre, s’efforçait de lire à l’avance les paroles qui allaient venir, puis Jude reprit, tranquillement :

— Explique-toi, je ne comprends pas.

Bouchut baissa la tête comme s’il craignait d’être troublé dans son exposition par le regard de Jude.

— C’est très simple… On reconnaît que vous faites votre possible pour qu’on n’ait pas à se plaindre… Tout de même, si on ne demande pas mieux que de vous ficher la paix, on ne peut pas non plus se laisser causer du tort. Or, l’année dernière, on a touché du bénéfice, pas beaucoup… Ainsi moi, j’ai eu pour ma part 79 francs, exactement. Enfin, si peu que ce soit, ça aide à compenser la retraite, les assurances, toutes ces machines par lesquelles vous êtes libre de vous rattraper. Mais pour que cela dure, il est clair qu’on ne doit pas embaucher tous les jours. Il y a déjà vingt-trois nouveaux cette année. A chacun qui vient, c’est autant de moins pour nous, exactement comme si on retirait 79 francs aux camarades, sans même les consulter, et ça, M. Servin, je suis chargé de vous le dire, ça n’est plus possible !

— Tu veux maintenant m’interdire les embauchages ?

Bouchut, acquiesçant, résuma :

— Nous autres, pourvu qu’on ait son dû, nous ne réclamons rien.

Jude, qui avait écouté attentivement, eut un sourire d’ironie.

— Cela n’a pas le sens commun.