— Si j’en parle, fit Bouchut se redressant, c’est que les camarades…
— Tâche d’abord de juger par toi-même : cela vaudra mieux.
Et mettant familièrement sa main sur le bras de Bouchut :
— La chose, comme tu l’as dit, est très simple. Plus il y a de commandes, plus il y a de bénéfices, c’est clair. Si les commandes sont telles que le personnel ne puisse y suffire, il faut donc ou renoncer à ces commandes, ce qui est renoncer à l’accroissement des bénéfices, ou se mettre en mesure de les exécuter, c’est-à-dire embaucher. A chaque embauchage, ce n’est pas de l’argent que je vous prends, mais vos parts que j’accrois : as-tu compris ?
Bouchut se recueillit ; puis, têtu :
— Je vois très bien que lorsqu’on embauche, c’est du bénéfice pour vous — cela, parbleu, nous le savions, — mais je vois bien aussi que, ce bénéfice, on le fait sur notre dos. Ce n’est pas une raison, parce que vous parlez bien, pour se laisser flouer. A chaque nouveau qui entre, c’est 79 francs qu’on prendra dans nos poches.
Jude laissa retomber sa main, découragé.
— Dire que c’est toi le plus fort, et que tu en es là !
Une flamme s’alluma dans les yeux de Bouchut :
— Il est possible que je sois un imbécile : je sais compter. J’entends que ce qui est à moi n’aille pas dans la bourse d’un autre ; voilà !