En dernier lieu seulement, madame Manchon daigna demander si je connaissais l’Italie, et sur ma réponse négative :
— Tant mieux : vous serez ainsi intéressé pour votre compte.
D’où je conclus que ma tête avait plu.
Cinq minutes après, un jeune homme qu’on avait fait appeler se présenta.
— René, dit madame Manchon, voici M. Tinant qui est disposé à voyager avec toi. Il doit être plein d’idées sur l’Italie puisqu’il s’occupe de philosophie. Entendez-vous pour un départ dans la huitaine. M. Tinant dîne avec nous ce soir, cela va de soi.
Je m’inclinai, bien que l’invitation eût plutôt l’air d’un ordre. René dit poliment :
— Nous aurons, dans ce cas, tout loisir pour accorder nos convenances après dîner.
Il ajouta allègrement :
— D’ailleurs, j’espère bien qu’on s’en remettra surtout à la fantaisie du jour. J’ai l’horreur des itinéraires à heure fixe.
Je m’esquivai ensuite, charmé par le sourire du fils, autant qu’étonné des manières décidées de la mère, et j’admirais aussi comme, en trois phrases, peut se manifester l’écart des caractères.