Je m’inclinai sans discuter. Je quittais la cour de l’hôtel quand René me rejoignit.

— Puisque vous vous en allez, dit-il, me permettez-vous de vous escorter un peu, histoire de faire vraiment connaissance ?

Et ce que je prévoyais, suivit. Après la mère, le fils.

— Amis ou ennemis ? poursuivit-il.

J’affectai de me méprendre :

— De qui parlez-vous ?

— Mais de nous, bien entendu.

Il prit mon bras d’un geste cordial, et gaiement :

— Allons, j’abats mon jeu. Je n’ai aucune envie de m’ennuyer pendant le voyage. Il dépend de vous que nous en jouissions sans arrière-pensée, puisque vous représentez auprès de moi l’autorité, c’est-à-dire, maman. (Il disait maman.) Or j’adore maman, elle m’adore, mais nous sommes aux antipodes. Maman est un homme d’action. Jadis elle menait l’usine à la baguette : aujourd’hui, à défaut de mieux, son empire s’exerce sur les domestiques, sur la pauvre Lapirotte, surtout sur moi. Par malheur, je représente le dernier lot d’ambitions réalisables. Dieu me pardonne ! maman rêve pour moi de grand monde, de fortune, enfin d’un tas de choses qui me sont parfaitement indifférentes et même me semblent désagréables. Jugez des désillusions que je procure ! Est-ce ma faute si j’aime flâner, si la paresse est mon fait, enfin si la moindre petite fleur bleue me paraît plus enviable qu’une place de ministre ? Oh ! je me connais, allez ! Je sais aussi que je suis très faible, à preuve que, de guerre lasse, j’ai juré d’aller au retour moisir dans une banque… Mais, de grâce, et sous prétexte d’entretenir mes bonnes intentions, allez-vous, le long de la route, m’accabler de sermons ? Plutôt que de subir la morale que j’entrevois, je préférerais renoncer à l’Italie !

Je me mis à rire, conquis par un tel mélange de lucidité, de candeur et de rouerie :