— Non, certes !
Et subitement, René comprit qu’en effet cela ne lui était jamais arrivé. Il l’avait cru : il s’était trompé. Jusqu’à ce moment, où aurait-il appris que l’amour, — le seul dont pût parler Annette, — est un sentiment très pur, doux comme le miel, profond comme la mer, ivresse de l’âme devant laquelle s’efface l’autre, fusion que le temps n’atteint pas, car, dès le premier instant, elle s’est promis l’éternité ?
— Alors, reprit Annette, qu’en savez-vous ?
— On imagine…
— On peut se tromper.
— Pas dans ce cas-là… Seulement j’aurais peine à l’expliquer. Moi, par exemple…
Il n’acheva pas. Une chose nouvelle lui apparaissait encore. Autant ce « Moi, par exemple… » était acceptable et même naturel dans certains cas, en particulier quand on revient d’une gare sous le parapluie d’une inconnue, autant il sonnait mal ici. Mais pourquoi le besoin d’écarter d’ici pareils souvenirs, pourquoi surtout ce désir brusque d’un vent salubre qui rafraîchirait ses phrases et rendrait à toutes ses pensées une innocence enfantine ?
— Hé bien ? fit Annette, désireuse qu’il poursuivît jusqu’au bout.
— Hé bien ! reprit-il, un peu hésitant, supposez que je vous aime…
— Ne raillez pas.