Et ayant ramassé sur la cheminée son bréviaire qu’il y avait déposé avant le dîner, l’abbé sortit.

Immobile, madame Manchon se remit à surveiller les braises. Elle revoyait des figures disparues. Une émotion inexprimable faisait battre son cœur. Elle avait aussi la sensation qu’une dalle s’abattait sur ses épaules, tandis qu’elle s’efforçait de se rappeler exactement une parole de son fils : « Ce sera pour vous un élément de salut… nécessaire… » ; mais brusquement, la pensée de René balaya ces fantômes.

— Bah ! murmura-t-elle, des phrases de prêtre !

Reprise ensuite par la conscience du seul péril immédiat qui survenait, elle alla vers son bureau, et d’une écriture appuyée, débuta :

« Mon cher enfant, je ne viendrai pas. Je ne te laisserai pas non plus consommer une sottise… »

La plume courait. On aurait dit qu’elle prétendait aller plus vite que le cœur qui dictait. C’est qu’aussi, après s’être longtemps dissimulé, le destin entamait au grand jour son œuvre. Des deux fils de madame Manchon, l’un menaçait de lui être volé : l’autre… Au fait, qu’arrivait-il avec l’autre, et pourquoi cette question suffisait-elle pour troubler l’image même du premier ?

V

Le lendemain, la réponse de madame Manchon partit pour Semur. Avec elle, Lapirotte jeta dans la boîte une seconde enveloppe également adressée à Semur, puis, au retour, s’enquit auprès du tyran si elle ne pourrait exceptionnellement disposer de quarante-huit heures pour aller à la fin de la semaine rendre service à une parente. Madame Manchon, qui était dans ces moments de trouble profond où l’on consent à tout, ne fit point d’opposition.

Trois jours plus tard, à Semur, les Traversot disparaissaient, et le principal acteur du drame, — quoique le plus caché, — entrait en scène. Mais avant d’y venir, quelques mots sur ce qui précéda.

L’abbé Valfour, dans sa lettre à son confrère, n’avait rien exagéré et même était resté un peu en arrière. Dès leur seconde entrevue, Annette et René, éblouis, avaient senti leurs vies fixées.