La fin de la dernière phrase parut jetée avec violence, bien que la voix n’eût pris aucun éclat. Madame Manchon s’aperçut qu’après avoir entendu parler son fils, elle n’entendait plus que le tic-tac de la pendule. Elle ne cessait point de considérer les flammes.

— Et si j’ai, moi, le désir de ne pas laisser mon fils s’établir loin de moi ? dit-elle soudain, comme si elle s’éveillait d’un rêve.

— Justement, ma mère, vous m’obligez à aller au fond d’une pensée que j’espérais déjà comprise. En envoyant René à Semur, pour quelques mois, vous avez accompli, je crois, le commencement du devoir. Je vous demande d’aller au bout et de rendre stable ce que vous aviez cru passager. Non seulement vous rendrez à René la conscience de sa destinée, mais le sacrifice, — si grand qu’il vous paraisse, — sera pour vous un élément de salut… nécessaire… C’est tout ce que j’avais à dire.

Vers la fin, madame Manchon avait peu à peu tourné de nouveau la tête pour examiner son fils. Une seconde fois, les yeux se rencontrèrent. Après le choc, le duel : en silence, ces deux êtres également passionnés et volontaires affrontaient leurs secrets. On n’évalue pas la durée de tels instants : ils abolissent la réalité.

L’abbé baissa le premier les paupières. Il tira sa montre.

— Neuf heures : je dois partir, sous peine de manquer mon train.

Madame Manchon parut, à son tour, revenir à elle :

— Henri !… commença-t-elle.

Mais elle n’ajouta rien.

— Bonsoir, ma mère.