— Je le crains. Pour ne pas m’inquiéter, elle me laisse sans détails. Le principal suffit, puisqu’elle n’est pas en état de se mettre en route.
— Ah ! c’est fâcheux… tout à fait fâcheux…
Et le visage de madame Traversot acheva de se fermer. René rougit :
— Bien que ce soit une affaire de quelques jours au plus, attendre ainsi ne m’est pas moins pénible qu’à vous, mais voyez-vous autre chose à tenter ?
Il comptait qu’on lui répondrait non ; il n’en fut rien.
— Autre chose ?… En effet, à défaut du voyage, votre mère ne pourrait-elle écrire ? Nous entendre serait au plus l’affaire de trois courriers.
Posant ses yeux sur ceux de René, madame Traversot attendit ensuite la réponse, comme assurée d’avance d’un refus.
Il fallut à René un petit instant pour maîtriser l’embarras où le jetait pareille proposition.
— Vous n’y songez pas, fit-il ; si grande que soit la confiance que m’accorde ma mère, elle souhaite connaître Annette avant que d’acquiescer à des projets qui lui paraissent engager un avenir dont elle se tient, — bien à tort, — pour responsable.
On ne sait pourquoi, cette phrase longue et mal tournée eut l’air de tomber dans un air raréfié. Les mots en tintaient comme du bois sec.