On acquiesça, et je laissai passer une semaine environ, jusqu’au jour où, apercevant depuis ma fenêtre M. Lormier, canne en main et l’allure preste, en train de se diriger vers la rue Bourg-Voisin qui est à l’opposé du Rempart, je songeai : « Voici l’occasion de trouver la fille seule. » Aussitôt je partis à mon tour. A supposer que mademoiselle Lormier fût demeurée chez elle, j’étais bien sûr cette fois de rattraper mon avance et d’éclairer la nuit qui m’intriguait.

Non seulement mademoiselle Lormier n’était pas sortie, mais je fus accueilli par un : « Je comptais vous voir paraître » qui, à défaut de sourire, me donna tout de suite à penser.

Je répliquai, de l’air le plus naturel du monde :

— J’avais promis de profiter de la première course au Rempart pour vérifier que votre guérison est complète. Me voici fidèle à la parole donnée. Comment vous trouvez-vous ?

— Tout à fait bien.

— Rien de particulier à signaler ?

— Absolument rien.

— Allons ! voilà de quoi enchanter votre père !

Et parfaitement décidé à ne point lâcher la place, toutefois avec un air de complète bonhomie, je pris le siège qu’on ne m’offrait pas.

— Mais, repris-je, je n’entends pas M. Lormier ; aurais-je la malchance de ne pas le rencontrer ?