— Ainsi, fit-elle d’une voix éteinte, ce n’est pas fini ?
— Pouvais-tu en douter ?
Elle ne répondit pas. Elle venait de baisser la tête. On aurait pu la croire échappée ailleurs : et de fait, toute sa jalousie revenue, éperdue devant l’imminence du péril, elle se demandait : « Au nom de quoi refuser de nouveau mon consentement ? — Quelles raisons lui donner, puisque la vraie ne peut se dire et qu’il n’y a rien contre cette femme ? » Elle se le demandait, ne trouvait pas, et désespérée se taisait.
Enhardi, René reprit :
— Voyons, maman, il est temps de renoncer à des silences qui n’ont servi qu’à nous faire souffrir l’un et l’autre. Dès lors que tu t’obstinais à tenir ta plume au sec, le meilleur était de prendre le train : c’est ce que j’ai fait. Maintenant, il n’y a plus qu’à tirer au plus court en nous expliquant sans ambages… Tu m’as écrit que tu me désapprouvais : mais tu as omis de m’en donner les motifs. Hé bien ! reconnais ma bonne foi : je ne demande qu’à les entendre, et même à m’incliner devant eux, s’ils tiennent. Quels sont-ils ?
Toujours tête basse, madame Manchon continuait de se taire. René poursuivit encore :
— Est-ce la famille qui ne te plaît pas ? elle vaut au moins la nôtre. La fortune ? médiocre, j’en conviens : combien de fois, cependant, ne m’as-tu pas assuré que j’en avais pour deux ? Annette ? mais tu ne sais qui elle est, et que te demandais-je, sinon précisément de venir la juger ?
— Tu prétends ?… interrompit cette fois madame Manchon.
— Je ne prétends pas : je suis sûr que mieux éclairée, et ravie d’aider à mon bonheur, tu vas consentir à m’accompagner, aujourd’hui même, là-bas… où tu es attendue, soit dit sans reproche, avec une patience que d’autres peut-être n’auraient pas eue. Tu ne réponds toujours pas ? Faut-il m’expliquer mieux en…
— Inutile, interrompit madame Manchon d’un ton bref.