Puis, pensive :

— Je croyais cependant m’être exprimée assez clairement dans ma lettre pour que tu connusses d’avance l’accueil que je ferais à pareille demande.

— Tu refuses ?

— Évidemment.

Chose curieuse, à mesure qu’ils précisaient leur dissentiment définitif, leurs voix, au lieu de s’irriter, s’apaisaient, et leurs regards s’éteignaient. Il semblait qu’au fond d’eux-mêmes d’autres sujets plus importants se substituaient au premier. De toute son âme, en effet, madame Manchon, au lieu d’écouter, continuait de chercher le prétexte avouable, qui, arrêtant son fils, la sauverait du dépouillement dont elle était menacée. René, de son côté, parlant de son avenir, ne s’occupait déjà plus que du passé. Ainsi, chacun était ramené à son instinct profond : ici, la passion maternelle résolue à toutes les ruses plutôt que d’être dépossédée ; là, le souvenir des gênes insaisissables qui, tolérées hier, risquaient demain de ne pouvoir être supportées.

Ni l’un ni l’autre ne s’aperçurent qu’ils avaient cessé de parler.

Soudain, René parut obéir à une impulsion nouvelle, et avec l’expression distraite de quelqu’un qui ouvre une parenthèse sans importance :

— Au fait, maman, pendant que j’y songe, et avant de revenir à ce qui nous occupe, voudrais-tu me donner la réponse à une question qui m’a été posée, il y a quelques jours, et devant laquelle je suis demeuré perplexe ?

— Quelle question ? répéta madame Manchon qui, à mille lieues des pensées de René, voyait avec bonheur dans ce détour une occasion de gagner du temps pour réfléchir encore.

— Pourquoi m’avoir imposé un nom que je suis seul à porter dans la famille ?