Et mademoiselle Lormier, détournant la tête, sans doute pour ne point voir l’accueil reçu par sa remarque cruelle, considéra la pièce voisine, c’est-à-dire le bureau de M. Chasseloup. René trembla qu’elle ne voulût fermer la porte ; mais il n’en fut rien. Mademoiselle Lormier, maintenant, était occupée à relever sa voilette. La chose faite, elle revint à sa position primitive.
Durant un court moment se déroula ensuite une scène muette et singulière. Tandis que le regard de mademoiselle Lormier, planté droit sur René, semblait commander qu’il daignât au moins examiner les traits qu’on lui montrait, René, tout à l’inquiétude du présent, persistait à ne pas les voir, et devenu on ne sait quoi de fuyant, ajoutait sans le vouloir un grief cuisant à ceux contre lesquels il prétendait se défendre. Mademoiselle Lormier parut la première se lasser du jeu :
— Nous disions donc, reprit-elle, que la noce est retardée…
— Non, rectifia René, que la date n’en est pas arrêtée.
— Hé bien, je crois justement me rappeler qu’en entrant ici, je m’étais proposé de vous inviter à l’ajourner tout à fait.
René accueillit, impassible, la menace que ces mots recouvraient.
— Me permettrez-vous, mademoiselle, de remarquer que, si réels que soient mes torts à votre égard, vous n’avez aucun titre à me donner pareil avis ?
Mademoiselle Lormier eut un léger haussement d’épaules :
— Vous ferez bien pourtant de tenir compte de mon avertissement.
— Ah !… ce n’est plus déjà qu’un avertissement ?