Il attendit encore un peu, puis convaincu que les voies étaient libres, rejoignit Chasseloup. Toutefois, par excès de prudence, il prit l’escalier dérobé. Broquant, lui, avait déjà regagné sa case depuis quelques instants.

Arrivé au bas, René trouva l’affaire des livres réglée, et Chasseloup qui s’apprêtait à remonter.

— Si vous le voulez bien, fit-il, et comme nous n’avions plus rien d’important à nous dire, je m’en irai tout de suite. Ne comptez pas non plus sur moi, ce soir.

— A votre gré.

Les deux hommes échangèrent encore quelques vagues propos avant de se séparer. René, qui tenait à fuir la banque, se glissa ensuite dans la rue, non sans avoir au préalable scruté les alentours : Chasseloup, de son côté se rappela qu’il avait laissé des billets sur sa table, et du coup se hâta de reprendre l’escalier dérobé.

Sept à huit minutes en tout avaient suffi pour ces allées et venues. Quand Chasseloup rentra dans son bureau, les billets n’y étaient plus…

Duclos, doutes-tu encore que ton récit et le mien soient les deux faces de la même médaille ? C’est ici la croisée des chemins. Pour un instant, à l’heure du vol, nos héros piétineront si bien les mêmes sentiers, que me voici contraint de répéter ce qui fut dit déjà, — toutefois en y portant une première clarté.

Donc, Chasseloup rentré s’aperçoit que la place des billets est vide, procède à une recherche sommaire et, tout de suite persuadé qu’il y a eu vol, sonne Broquant.

— Qui a passé ici dans les dernières dix minutes ?

Seule mademoiselle Lormier s’était présentée à l’étage, mais sans entrer nulle part. Broquant l’avait vue redescendre aussitôt ; on ne pouvait songer à elle. D’ailleurs l’idée de la soupçonner était inacceptable. La même raison écartait René.