— Monsieur, dit-elle, est bien rentré, mais reparti.

— Peu importe : je l’attendrai chez lui, voilà tout, murmura madame Manchon de la même voix blanche.

Et comme la domestique hésitait :

— Je suis sa mère.

Le premier objet qui frappa madame Manchon une fois entrée fut un télégramme intact déposé sur une table. Elle l’ouvrit sans hésiter. C’était le sien.

— Ah ! murmura-t-elle, tout s’explique.

Ce ne devait être qu’une lueur dans la souffrance qui commençait ; en effet la domestique reprenait :

— Je ne comprends rien à ce qui se passe. Monsieur prévient toujours quand il ne déjeune pas ; ce matin, il n’a rien dit et Angèle, la voisine qui était là tout à l’heure, prétend l’avoir vu sortir avec un sac, comme pour un voyage.

— Hé bien, ma fille, vérifiez : c’est facile.

Et madame Manchon, assise devant la table, s’accouda, épuisée. Elle s’efforçait de ne plus penser. Elle écoutait uniquement le va-et-vient de la domestique en quête du sac. Les pas traînant ici et là avaient la sonorité spéciale aux demeures vides.