Que de fois, dans cette période, me suis-je reproché de n’avoir pas su retenir René ! Un autre, moins impulsif, aurait au moins pesé les conséquences d’une disparition mille fois pire que la situation à laquelle elle prétendait remédier. Après tout, l’aventure, jugée de sang-froid, ne méritait pas d’être prise avec un tel emportement. La plupart à la place de René s’en seraient à peine soucié. Hélas ! de tels regrets ne menaient qu’à me faire sentir mieux la fierté de mon ami. Jugez, d’après ce que j’éprouvais, du supplice que dût être celui de madame Manchon !

Je vous ai dit que fidèle à la consigne reçue, je m’abstins de tenter de la revoir : mais à diverses reprises, il m’arriva de passer devant son hôtel. J’entrais alors chez la concierge :

— Comment va madame ?

— Mieux, monsieur.

— Monsieur l’abbé est toujours là ?

— Oui monsieur.

— Et mademoiselle Lapirotte ?

— Toujours aussi.

Rien d’autre. La façade avec son air habituel. Les volets arrêtés aux crans de jadis. Et derrière les murailles, quelles agonies ! quelle frénésie peut-être ! Car enfin, n’oublions pas que madame Manchon ignorait pourquoi son fils était parti, que l’abbé ne pouvait douter d’avoir condamné son frère, que le sourire de Lapirotte enfin, si stable qu’on le suppose, devait bien refléter un peu de cette douleur et de ce remords vivants…

Mais à quoi bon insister, puisque je n’ai pas vu, puisque les murs gardent le même visage, qu’ils abritent l’extase de deux amants ou étouffent les cris tragiques d’une mère ? Arrivons au dénouement, ou plutôt à ce que je tiens pour tel, faute de terme meilleur.