— Excusez-moi, monsieur, d’avoir insisté pour vous entretenir : je ne vous retiendrai d’ailleurs que le temps d’obtenir un renseignement qu’il est pour moi nécessaire de posséder sans délai, et que vous serez sans aucun doute en mesure de me communiquer.

Je m’apprêtais à répliquer par les politesses d’usage : elle ne m’en laissa pas le loisir et poursuivit :

— J’ai appris hier soir, — vous voyez combien mes informations sont récentes, — que vous aviez été l’ami très intime de M. de La Gilardière : vous serait-il possible de me donner son adresse ?

Le nom de René, prononcé à cette heure et d’une manière si imprévue, me bouleversa. D’instinct, aussi, je me sentis pris de défiance, et m’efforçant de garder un ton neutre :

— Il est exact, répliquai-je, que j’ai été lié avec M. de La Gilardière et que j’ai su son adresse : toutefois, en raison de circonstances qui importent peu, jusqu’à ce matin, je ne me serais pas reconnu le droit de livrer un secret qui ne m’appartenait pas.

Je parlais : j’allais ajouter qu’aujourd’hui, hélas ! ce secret n’avait plus d’importance ; mais à mesure, une autre pensée s’emparait de moi, une de ces intuitions qui semblent à la fois jaillir du fond de l’être et vous être soufflées par un étranger dont la voix sans timbre couvre irrésistiblement les bruits humains. Et tout à coup m’interrompant :

— D’ailleurs, vous ne vous êtes pas nommée, madame… bien que je craigne de vous reconnaître… Mademoiselle Lormier, n’est-ce pas ?

Elle ne répondit pas, ce qui était un aveu. Je poussai un cri sourd :

— Vous ! et à un pareil moment !

Cette fois, elle murmura :