— Cette femme, poussée à bout de questions, a dû reconnaître qu’elle avait menti pour se venger. Tous ses renseignements étaient faux ! tous, l’histoire de la naissance comme le reste !
— Quoi ? m’écriai-je, elle a osé…
D’un geste tragique, mademoiselle Lormier m’empêcha d’achever :
— Comprenez-vous maintenant pourquoi je suis ici ? Ne fallait-il pas lui écrire que, moi aussi, j’ai menti ? Oh ! toujours sans le savoir, mais qu’importe ! J’ai menti ! J’accourais le sauver et j’apprends…
Elle se tordit les mains :
— Désormais comment vivre ?
Jusqu’alors, l’avouerai-je, j’étais demeuré partagé entre ma rancune et l’étonnement de la trouver si différente de ce que j’avais imaginé. A ce moment, j’entrevis tout ce que l’âme de la malheureuse renfermait de sincérité passionnée et de réelle grandeur. Je fus saisi de pitié.
— Lapirotte est une misérable ; c’est aujourd’hui seulement qu’elle vous trompe, dis-je doucement : car aujourd’hui, craignant de votre part un éclat, elle a trouvé le moyen bon pour se débarrasser de vous.
Mademoiselle Lormier me considéra incertaine.
— Ah ! murmura-t-elle, où trouver la vérité ?