— Vous ne craignez pas, j’espère, que je devienne jaloux de ma fille ?
— Vous ne le deviendrez pas : vous l’êtes.
— C’est fou !
— Ce ne sont jamais les choses raisonnables qui arrivent.
Il parut se recueillir.
— Non, vraiment, assura-t-il d’une voix pesante, si j’étais sûr qu’un être existât, capable de rendre ma fille heureuse, j’aurais le courage… il me semble que je n’hésiterais pas à lui ouvrir notre porte.
— Alors, tout va bien, répliquai-je.
Et en même temps, une phrase de mademoiselle Lormier me revint en mémoire : « Si je m’avisais d’aimer, je crois que je ne regarderais pas aux moyens. » Avais-je eu tort, tout à l’heure, quand, sur mon banc, j’envisageais la possibilité d’un drame ? J’étais sûr désormais qu’un jour viendrait où, dressés passionnément l’un contre l’autre, le père et la fille se porteraient des coups mortels.
Cependant, côte à côte, nous cheminions le long de la terrasse, devant le beau paysage indifférent ; invisible et chuchotant, l’Armançon faisait monter vers nous sa chanson paisible qui se mariait au bruit des feuilles. Soudain, j’eus l’impression d’une solitude plus grande. Ayant probablement tout dit, M. Lormier venait de me quitter.
Je le regardai s’éloigner et murmurai :