— Bah ! m’écriai-je, laissons de côté les métaphysiques et ce qu’inventèrent les philosophes. Je n’ai, pour ma part, jamais constaté qu’une loi de nature fût sans bénéfice pour les vivants. Si donc la souffrance est une nécessité, ce ne peut être qu’une nécessité bienfaisante !

Ils s’exclamèrent.

Aussitôt, comme il arrive souvent, fouetté par la contradiction, j’insistai :

— N’est-il pas reconnu que la souffrance transforme les êtres en les améliorant ? Au physique, elle sert de garde-fou contre les excès possibles. Au moral, elle martèle les âmes, en tire des accents supérieurs, et, comme un creuset, purifie ceux qu’elle dévore !

— Entendu, coupa Tinant, il paraît qu’elle aide les incroyants à se convertir !

— A moins qu’elle ne jette les croyants dans la révolte ! poursuivit Pierre Duclos en haussant les épaules.

Et il conclut :

— Car cela seul est évident que la souffrance est injuste !

— Ou incompréhensible, précisa Tinant.

— Incomprise plutôt ! interrompis-je.