— J’ai dit quelqu’un : si je savais qui, je ne serais pas ici.
De nouveau, son visage changeait. J’y déchiffrai une telle angoisse que brusquement une pensée m’étreignit. Le drame — que, l’autre jour, candide, j’attendais seulement pour des temps à venir, — aurait-il déjà paru ?
Ne sachant plus très bien si je voulais le confesser ou le consoler, je pris ses mains dans les deux miennes, et m’efforçant de ne rien laisser voir de mes appréhensions :
— Vous êtes fou, en effet, cher monsieur, mais d’une folie sans fièvre et dont je vous ai donné le nom, quand nous étions au Rempart : la jalousie.
Il secoua les épaules.
— Je vous affirme que je ne me trompe pas.
— Je vous affirme aussi que la jalousie est un état dans lequel on s’épuise à interpréter le réel à la lueur d’une chimère. Qu’on écarte celle-ci, tout redevient clair. Dès qu’on se sait jaloux, d’ailleurs, la moitié de la cure est réalisée : la seule difficulté est de le reconnaître. Essayez.
Il avait paru m’écouter attentivement : cependant, à peine eus-je achevé qu’arrachant ses mains prisonnières, il répéta :
— Non, je ne me trompe pas…
Puis martelant les mots, comme s’il prétendait les graver mieux dans mon cerveau :