Un pâle sourire erra sur la face désolée de M. Lormier.

— Oh ! pour celui-là, je suis tranquille ! Tout le fâcheux que j’en ai su me venait par Geneviève.

Sur le seuil, il dit encore :

— Je reviendrai peut-être… probablement…

Je songeais de mon côté :

— Pauvre homme ! je le reverrai avant huit jours.

Or, non seulement il ne devait plus reparaître dans ce lieu, témoin de notre amitié naissante, mais convaincu d’avoir atteint au sommet de son calvaire, à peine commençait-il d’en gravir les premières marches.

V

J’ai toujours pensé que si une intelligence humaine était en mesure de percevoir les millions d’aventures individuelles qui s’entrecroisent à une heure donnée, la notion du hasard s’effacerait pour elle. L’enchevêtrement de tant de faits, dus en apparence aux seules fantaisies du sort, est en réalité le produit d’une logique implacable. C’est pourquoi je demande à interrompre une seconde fois mon récit, au profit d’une poussière de menus événements tous relatifs encore au mariage de La Gilardière. Précisément parce qu’il est resté dans l’aventure Lormier une part de mystère, je m’en voudrais de négliger rien. A vous ensuite de juger du fond et de lier entre elles des parties que vous jugeriez devoir l’être.

Donc, après la visite que je viens de raconter, un temps s’écoula durant lequel je m’attendais chaque jour à voir reparaître M. Lormier. Attente parfaitement vaine. Il ne vint pas. Je cessai même d’en avoir des nouvelles, n’allant pas du côté du Rempart, et ne l’ayant plus rencontré dans Semur. En revanche, il sembla brusquement que l’aventure Traversot-La Gilardière remplît l’horizon visible.