* La rue Servandoni, quartier Saint-Sulpice, eut d’abord deux noms, provenant l’un et l’autre de deux enseignes: rue du Pied-de-biche et rue du Fer-à-cheval.

La rue du Pot-de-fer, quartier Saint-Sulpice, devait aussi son nom à une enseigne, comme une autre rue du quartier Saint-Marceau, laquelle avait pris, en 1586, le même nom, à cause d’une enseigne analogue.

Le passage et la cour du Puits-de-Rome, dans la rue des Gravilliers, étaient ainsi nommés, parce que l’enseigne d’une maison voisine leur avait donné ce nom-là. C’est ainsi que, dans la rue Montorgueil, le passage du Saumon conserve encore le nom de l’ancienne enseigne de la maison qui lui sert d’entrée.

Il y avait, au XIVᵉ siècle, dans la rue Saint-Denis, une ruelle de l’Ane-Rayé, qui devint le cul-de-sac des Peintres. L’enseigne de l’Ane rayé représentait un zèbre.

* La rue Cloche-Perce, qui devait son nom, comme nous l’avons dit, à l’enseigne de la Cloche percée, eut à subir, pendant huit ou dix ans, du temps de Sauval, un changement de nom, par le fait d’une autre enseigne de la Grosse Margot, «qu’avoit mis là un tavernier fameux pour son bon vin»; on l’avait nommée rue de la Grosse-Margot[63].

Au reste, les rues de Paris, au moyen âge, changeaient si souvent de noms, par suite de changement d’enseignes qui avaient la vogue à tour de rôle, qu’il est maintenant bien difficile de constater topographiquement la place de ces rues. Il en est une que Hurtaut et Magny n’ont pas mentionnée et qui ne figure pas, à son ordre alphabétique, dans le Dictionnaire de J. de La Tynna, quoique ce dernier l’ait citée, sans aucun détail, à l’article de la rue de la Petite-Truanderie, dans le quartier Montorgueil. C’est, en effet, le nom de cette rue de la Petite-Truanderie, qui fut métamorphosé, à cause d’une enseigne, vers le milieu du XVIIᵉ siècle, et qui devint, tant que dura l’enseigne, la rue du Puits-d’Amour. Ce puits public existait encore, dans cette rue, quoique à demi ruiné, du temps de Sauval, qui dit y avoir vu tirer de l’eau. On lisait, sur la margelle, cette inscription en lettres gothiques:

Amour m’a refait
En 525 tout à fait.

C’était quelque amoureux, sans doute, qui avait fait réparer le vieux puits, en souvenir de la triste aventure qui rendit ce puits célèbre, sous le règne de Philippe-Auguste, quand Agnès Hellebic s’y précipita par désespoir d’amour. Depuis lors, les amants se donnaient rendez-vous au Puits d’Amour. «Avec le temps, dit Sauval, son nom a passé à une maison proche de là, et comme ce nom a paru galant à un marchand qui la loue, il a fait repeindre l’enseigne et l’a rehaussée de couleurs fort vives, et même, afin de mieux représenter la fable, il y a figuré un puits, tout entouré de belles filles et de jeunes garçons, avec un petit Amour qui décoche des flèches sur eux, et ces paroles au bas: Au Puits d’Amour. Or, comme d’autres marchands ont trouvé cette enseigne fort à leur gré, et d’autant plus qu’ils s’imaginent que les enseignes plaisantes, ou qui se font remarquer, attirent les chalands, les uns l’ont tout à fait copiée, les autres se sont contentés de l’imiter[64]

V
ENSEIGNES SCULPTÉES, FORGÉES, ÉMAILLÉES; ENSEIGNES EN PIERRE, EN BOIS, EN PLOMB, EN FER, EN TERRE CUITE, EN ÉMAUX OU FAIENCE.

LE plus grand nombre des enseignes étaient des tableaux, peints plus ou moins naïvement, et cela, dès les premiers temps de l’usage des enseignes de marchand. On peut dire avec certitude que toute enseigne pendante était peinte sur bois, à l’exception de quelques enseignes ouvrées en fer, dont le poids pouvait être supporté par la potence à laquelle on suspendait l’enseigne. Quant à ces peintures, elles devaient être généralement exécutées d’une manière convenable, car la corporation des peintres, comme toutes les corporations de métier, exerçait une rigoureuse surveillance sur les ouvrages que ses membres seuls, ayant droit et privilège de maîtrise, se chargeaient d’exécuter eux-mêmes ou de faire exécuter, sous leur responsabilité, par leurs compagnons et leurs apprentis; voilà pourquoi un maître peintre, si habile et si célèbre qu’il fût, ne refusait jamais des travaux de peinture décorative, qu’on pouvait croire indignes de lui. Le même artiste qui peignait des fresques pour les églises et les hôtels avec un réel talent ne dédaignait pas de peindre des enseignes pour les marchands. Nous n’avons pas cependant de document écrit que nous puissions citer à l’appui de cette assertion plausible et presque incontestable, car il ne nous est resté aucune de ces enseignes du XVᵉ et du XVIᵉ siècle, que nous attribuons au pinceau des artistes de la confrérie de Saint-Luc plutôt qu’à la brosse maladroite de quelques ignorants barbouilleurs. Dans le Compte de l’ordinaire de la Prévôté de Paris, année 1463, nous trouvons le nom de Jean de Boulogne, dit de Paris, qui avait fait «un écu de France, peint à l’huile, de fin or et azur, mis et assis sur l’entrée de la porte de l’hôtel du Roi, près des Tournelles.» Or, cet écu de France n’était autre qu’une enseigne, et le peintre Jean de Boulogne, dit de Paris, paraît être le fameux Jean de Paris, alors bien jeune, qui était originaire de Lyon, mais qui se serait intitulé Jean de Boulogne, parce qu’il avait étudié son art dans l’atelier d’un bon peintre bolonais[65].