Un grand logis, une grand’court,
C’estoit un paradis terrestre.
Mais le difficile était d’y avoir une chambre; on y voyait une foule de gens
Qui attendoyent estre logés,
Muchés (cachés) en un coin à requoi,
Tant du pays que des estrangé.
Notre Pèlerin n’a pas la même patience; il va frapper à la porte de l’Écu d’Orléans, mais la porte était close et la maison déserte. L’hôte avait quitté son métier pour entrer au service du roi. Force est donc de chercher gîte ailleurs et au plus proche; c’est à l’Écu de Bourbon que le Pèlerin espère le trouver: c’était
Une maison de grand abord,
Où aultre fois il a fait bon,
Mais l’hoste de céans est mort!
Notre voyageur, qui a l’estomac vide, se hâte de se transporter à l’Écu de Châteaudun. Pas de chance; l’hôtellerie est pleine, et tout ce qu’il peut obtenir, c’est la repue (le dîner ou le souper). Enfin il est admis à l’Écu de Calabre pour y passer la nuit. Il y fut assez mal, puisqu’il en partit le lendemain dans l’espoir de trouver mieux; il ne fut pas plus heureux, dit-il:
Quand j’eus couru longue saison,
Je m’en vais au Chef Saint-Denys,
Dont le maistre de la maison
En aultres estoit un fenys (phénix).
Mais il n’y resta pas longtemps, car cet aubergiste phénomène vint à mourir, et la bourse du Pèlerin passant étant presque épuisée, il résolut de retourner chez lui et s’embarqua sur un bateau qui descendait la Seine pour faire escale à Saint-Ouen; là, il logea dans une auberge riveraine, au Port Saint-Ouen, où sans doute on lui fit crédit; le lendemain, il voulut se faire héberger dans une autre auberge, au Port Saint-Jore:
Mais le maistre estoit à Rouen,
Ainsi qu’on me mist en mémore.
De là allay plus loin encore,
En un logis d’antiquité,
Qui se nomme la Trinité.
Était-ce encore une auberge de village ou une maison hospitalière, dans laquelle le pauvre pèlerin trouva un asile sans bourse délier?