Il faut maintenant citer les imprimeurs et les libraires qui ouvrent leurs ateliers et leurs boutiques, avec enseignes, sous le règne de Louis XII. C’est, en 1498, le libraire Jean Petit, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Lion d’Argent, et dans la même rue, près des Mathurins, à la Fleur de lys d’Or. Ce libraire est un de ceux qui, de son temps, ont fait imprimer le plus de livres, puisqu’il entretenait, à lui seul, les presses de quinze imprimeurs. Il avait réuni, dans sa marque de libraire, le lion et la fleur de lis, qui figurèrent l’un après l’autre dans les deux enseignes de ses boutiques. Thomas du Guernier, qui exerça pendant plus de vingt-six ans comme imprimeur et comme libraire, et qui imprima un grand nombre de romans de chevalerie, demeurait d’abord, rue de la Harpe, à l’Image Saint Yves; il resta dans la même rue, en transportant son établissement près le Pilier vert, à l’enseigne du Petit Cheval blanc. Denis Roce, qui ne fut que libraire, demeurait rue Saint-Jacques, près l’église Saint-Benoît, où la plupart des libraires avaient leur sépulture; il prit pour enseigne l’Image Saint Martin, et pour marque, par allusion à son nom de Roce, un rosier portant des roses, avec son écusson armorié, soutenu par deux griffons.
Les imprimeurs allemands et belges qui venaient s’établir à Paris y faisaient encore fortune. Jodocus Badius Ascensius, après avoir été professeur au collège de Lyon, se fit imprimeur à Paris, vers 1502, rue Saint-Jacques, «au-dessus de l’église Saint-Benoît, près du Gril», à l’enseigne des Trois Luxes (brochets); il devint libraire, pour vendre les excellentes éditions de classiques latins, qu’il publiait lui-même. Nicolas Wolff, de Bade, qui mettait sur ses éditions: Impressi arte et industria ingeniosissimi viri N. W. Allemani, imprima d’abord dans le cloître Saint-Benoît, aux Trois Tranchoirs d’Argent; ensuite rue de la Harpe, à l’enseigne des Rats. Thomas Kées, de Wesel, imprimait à l’enseigne du Miroir, près le collège des Lombards. Alexandre Aliate, Belge, n’exerça que quelques mois, en 1500, rue Saint-Jacques, devant le Collège de France, à l’Image Sainte Barbe. Thielman Kerver, arrivé d’Allemagne en 1500, fonda une des plus importantes maisons d’imprimerie et de librairie, qui devait durer plus d’un siècle; il demeurait d’abord sur le pont Saint-Michel, à l’enseigne de la Licorne; ensuite, rue des Mathurins et rue Saint-Jacques, toujours avec la même enseigne, qu’il ne changea que vers la fin de sa vie, pour prendre celle du Gril; mais ses successeurs reprirent celle de la Licorne, qu’ils faisaient figurer dans leur marque typographique. Berchtold Rembolt, de Strasbourg, avait adopté l’enseigne d’Ulric Gering, le Soleil d’Or, en créant son imprimerie rue Saint-Jacques; mais, en allant s’établir près du Collège de France, il prit pour enseigne l’Image Saint Christophe. Sa veuve, qui épousa en 1513 Claude Chevallon, rentra, avec le Soleil d’Or, dans la maison que son premier mari avait habitée rue Saint-Jacques. Claude Chevallon était si fier de son enseigne, qu’il la mit dans sa marque, au-dessus de son écusson, soutenu par deux chevaux dressés debout, pour faire allusion par un rébus à son nom de Chevallon (cheval long).
Les autres imprimeurs et libraires qui parurent du temps de Louis XII étaient tous Français, mais ils n’exercèrent pas longtemps, à l’exception de quatre ou cinq. Gaspard Philippe imprimait, en 1502, rue de la Harpe, aux Trois Pigeons; Nicolas de la Barre, en 1509, rue de la Harpe, devant l’Écu de France, aux Trois Saumons; puis, rue des Carmes, devant le collège des Lombards, à l’Image de Saint Jean l’Évangéliste; Antoine Bonnemère, en 1508, rue Saint-Jean-de-Beauvais, devant les grandes Écoles de Décret, à l’Image Saint Martin; Guillaume le Rouge, en 1512, rue Saint-Jean-de-Latran, à la Corne de Daim; Nicolas des Prez, en 1508, rue Saint-Étienne-du-Mont, au Miroir. Il y eut plusieurs imprimeurs célèbres dont les débuts datent de ce règne-là, mais qui n’acquirent toute leur réputation que sous le règne suivant. François Grandjon, très habile graveur et fondeur de caractères, de même que ses deux frères Jean et Robert, demeurait rue Saint-Jacques, près l’église Saint-Yves, à l’Image Saint Claude, et devant le couvent des Mathurins, à l’Éléphant; Gilles de Gourmont, le premier qui imprima du grec à Paris, et qui devint imprimeur du roi, habitait rue Saint-Jacques, aux Trois Couronnes, mais il remplaça cette enseigne par celle de l’Écu de Cologne, sans changer de domicile. Ses deux frères, Jean et Robert, imprimeurs comme lui, demeuraient au Clos-Bruneau, près le collège Coqueret, à l’enseigne des Deux Boules. Guillaume Anabat, demeurant rue Saint-Jean-de-Beauvais, depuis 1500 jusqu’en 1505, à l’enseigne des Connils (lapins), imprimait de superbes livres d’heures, remplis d’images gravées sur bois, pour Gilles Hardouyn, demeurant au bout du Pont-au-Change, à l’enseigne de la Rose, et pour Germain Hardouyn, qui avait sa boutique de libraire devant le Palais, à l’Image Sainte Marguerite. Enfin, Guillaume Nyverd, successeur de Pierre Le Caron, en 1516, conserva cette fameuse imprimerie, dans le même local, rue de la Juiverie, à l’enseigne de la Rose, qui céda la place, on ne sait pourquoi, à l’Image Saint Pierre.
Le nombre des libraires augmentait à mesure que diminuait celui des imprimeurs. Il y eut un libraire du roi, Guillaume Eustace, qui demeurait, en 1508, rue de la Juiverie, à l’enseigne des Deux Sagittaires, qui furent reproduits dans toutes les marques de ce libraire, jusqu’à ce que sa boutique fût transférée, dans la rue Notre-Dame, à l’enseigne de l’Agnus Dei. Il faut citer, parmi les autres libraires de ces temps-là, Poncet Lepreux, qui fit imprimer à ses frais une immense quantité de livres en tous genres, depuis 1498 jusqu’en 1552; pendant 55 ans, il n’eut que deux domiciles, rue Saint-Jacques, devant les Mathurins, à l’enseigne du Loup, et même rue, au Croissant. Citons encore deux autres libraires de la même époque, Jean Lefèvre, rue Saint-Jacques, à l’enseigne du Croissant; Jacques Ferraboue, en 1514, sur le Petit-Pont, devant l’Hôtel-Dieu, à l’enseigne du Croissant. Galiot du Pré, chef d’une nombreuse famille de libraires qui se succédèrent jusqu’en 1570, ouvrit boutique, sur le nouveau pont Notre-Dame, en 1512, à l’enseigne de la Galée, par allusion à son prénom de Galiot, qui signifiait aussi un navire à voiles et à rames. Il avait donc fait poser son enseigne dans sa marque, avec cette devise de bon augure: Vogue la Galée.
Sous François Iᵉʳ, où le nombre des livres imprimés se multiplie à l’infini, la place est prise et disputée par les fils et les descendants des anciens imprimeurs et libraires; nous n’avons donc à mentionner que les nouveaux venus dans l’imprimerie et la librairie, avec de nouvelles enseignes. Commençons par les imprimeurs, qui la plupart travaillaient pour les libraires et ne publiaient plus de livres. On ne peut imaginer combien de poésies et de vieux romans de chevalerie, d’ouvrages de morale et de philosophie, furent mis au jour sous le règne de François Iᵉʳ. Guillaume Lebret imprimait, avec Jean Réal, en 1538, dans le Clos-Bruneau, à la Corne de Cerf, puis à la Rose rouge. Jean Réal se sépara de son associé en 1548, et imprima seul, rue du Mûrier, à l’Image Sainte Geneviève; puis, rue Traversine, au Cheval blanc. Pierre Gromors imprimait, à l’enseigne de la Cuillère, près l’église Saint-Hilaire, en 1521; au Phénix, près le collège de Reims, en 1538. Simon de Colines, qui était à la fois imprimeur et libraire, de 1510 à 1550, changea souvent de demeure et d’enseigne: en 1526, il avait sa boutique, près le collège de Beauvais, au Soleil d’Or; en 1527, sa marque de libraire nous fait supposer qu’il avait pris pour enseigne: aux Connils (lapins); en 1531, son enseigne représentait le Temps, barbu et poilu, maniant sa faux, avec cette devise: Hanc aciem sola retundit virtus. Jean Messier, associé d’abord avec Jean du Pré, imprimait en 1517, rue des Poirées, près le collège de Cluny, à l’Image Saint Sébastien; Nicolas Savetier, rue des Carmes, à l’Homme sauvage; Guillaume de Bozzozel, rue Saint-Jacques, près des Mathurins, au Chapeau rouge; Nicolas Prévost, rue Saint-Jacques,
à l’Image Saint Georges; Pierre Leber, rue des Amandiers, à l’enseigne de la Vérité; Gilles Couteau, rue Grenier-Saint-Ladre, à l’enseigne du Grand Couteau; Pierre Regnault, rue Saint-Jacques, aux Trois Couronnes de Cologne; Pierre Sergent, rue Notre-Dame, à l’Image Saint Nicolas; Denis Janot, qui fut nommé imprimeur du roi, en 1543, rue Notre-Dame, contre l’église Sainte-Geneviève-des-Ardents, à l’Image Saint Jean-Baptiste. Enfin, Michel Vascosan, qui fut libraire et imprimeur, de 1530 à 1576, et qui peut être considéré comme le plus excellent imprimeur du XVIᵉ siècle, demeurait rue Saint-Jacques, à l’enseigne de la Fontaine, là où Jodocus Badius avait établi sa presse, à son arrivée à Paris, en 1502; aussi, Vascosan avait-il représenté dans sa marque d’imprimeur cette presse avec l’inscription: Pressum ascensianum.
Voici maintenant les enseignes de quelques-uns des meilleurs libraires de cette époque: Alain Lotrian, de 1518 à 1539, rue Notre-Dame, à l’Écu de France; Regnault Chaudière, 1516-1551, rue Saint-Jacques, à l’Homme sauvage; Pierre Bridoux, rue de la Vieille-Pelleterie, à l’enseigne du Croissant; Jean Hérouf, rue Notre-Dame, à l’Image de Saint Nicolas; Nicolas Chrestien, près le collège de Coqueret, à l’Image Saint Sébastien; Jean Roigny, rue Saint-Jacques, au Basilic, et ensuite aux Quatre Éléments; Ambroise Girauld, 1526-1546, rue Saint-Jacques, au Lion d’Argent; même rue, au Roi David; même rue, au Pélican; Jean Macé, 1531-1582, au Mont Saint-Hilaire, à l’Écu de Bretagne; puis au Clos-Bruneau, à l’Écu de Guyenne; Vincent Sertenas, 1538-1554, rue Notre-Dame, à l’Image Saint Jean l’Évangéliste; puis, même rue, à la Corne de Cerf; Étienne Robert, dit le Faucheur, libraire et relieur du roi, sur le pont Saint-Michel, à la Rose blanche. Geoffroy Tory, peintre, graveur et libraire, 1512-1550, le premier qui obtint un privilège du roi pour l’impression d’un nouveau livre d’heures, demeura successivement sur le Petit-Pont, joignant l’Hôtel-Dieu, rue Saint-Jacques, devant l’Écu de Bâle et, même rue, devant l’église de la Madeleine, et conserva toujours sa fameuse enseigne du Pot cassé, qu’il avait dessinée lui-même sur sa marque de libraire, avec cette touchante devise: Non plus, qui rappelait sa douleur à la mort de sa fille, etc.
Je m’arrête ici, en me reprochant de m’être laissé entraîner trop loin dans cette aride et monotone énumération