Nous pouvons nous faire une idée du nombre d’enseignes de dévotion qu’on voyait dans les rues de Paris, en citant, d’après Berty, celles qui pendaient aux maisons dans les quartiers de la Cité, du Louvre et du bourg Saint-Germain.
CITÉ. RUE DE LA JUIVERIE, maison de l’Annonciation Notre-Dame (1485). RUE DE LA CALANDRE, maison du Paradis (1345). RUE SAINT-CHRISTOPHE, maison du Couronnement de la Vierge (1450).
LOUVRE. RUE CHAMPFLEURY, maison du Saint-Esprit (1489). RUE DU CHANTRE, maison ayant un Crucifix sur l’huis (1489), maison du Nom de Jésus (1687). RUE JEAN-SAINT-DENIS, maison du Saint-Esprit (1575), maison du Bon Pasteur (1680). RUE SAINT-HONORÉ, maison de l’Annonciation Notre-Dame (1432), maison de l’Enfant Jésus (1687), maison du Saint-Esprit (1575). RUE DU COQ, maison du Nom de Jésus (1623).
BOURG SAINT-GERMAIN. RUE DES BOUCHERIES, maison de l’Annonciation Notre-Dame (1522), maison de la Trinité (1527), maison du Seygne (cygne) de la croix. RUE DE BUCY, maison de l’Annonciation (1547). RUE DU FOUR, maison de l’Agnus Dei, maison de la Véronique (1595). RUE DU PETIT-LION, maison de l’Image Notre-Dame (1523). RUE DE SEINE, maison de l’Arche de Noé (1654). RUE DES CANETTES, maison du Chef Saint-Jean (1500).
C’étaient là des enseignes de maison, et non des enseignes de boutique, qui furent beaucoup plus nombreuses et qui changèrent souvent, au XVIᵉ siècle, quand la religion réformée fit la guerre aux images de la Vierge et des saints; au XVIIᵉ siècle, quand l’influence des poètes athées de l’école de Théophile, de Saint-Amant[186] et de Desbarreaux s’exerça jusque sur les enseignes de dévotion, qui poursuivaient leurs regards dans toutes les rues de Paris et qui leur adressaient une sorte de reproche, même à la porte des cabarets; au XVIIIᵉ siècle, enfin, quand l’action sarcastique des philosophes et des encyclopédistes répandit dans les familles bourgeoises l’hérésie d’une nouvelle secte d’iconoclastes irréligieux. Puis, vint la révolution de 93, qui n’eut pas de peine à faire disparaître les dernières enseignes, dans lesquelles s’était perpétuée une pieuse tradition de nos ancêtres. On ne s’expliquerait pas que quelques-unes de ces vieilles enseignes aient pu échapper à la fureur inquisitoriale de la persécution républicaine, si l’on ne savait pas les miracles de courage, d’adresse et de dévouement que la foi chrétienne a pu faire par l’entremise des simples et des faibles. Les enseignes de cette espèce, qui ont traversé impunément une époque terrible où elles étaient proscrites sous peine de mort, avaient été sans doute enlevées de la place qu’elles occupaient et mises en lieu sûr, sinon recouvertes de plâtre ou cachées derrière d’autres enseignes indifférentes. Nous signalerons, parmi ces rares épaves du grand naufrage des enseignes pieuses, deux enseignes sculptées du XVIIᵉ siècle, Au Caveau de la Vierge, rue de Charonne, et A l’Annonciation, rue Saint-Martin; une autre du XVIᵉ siècle, Au Bon Samaritain, nº 15, rue de la Lingerie; une enseigne en fer forgé, A l’Enfant Jésus, rue Saint-Honoré, etc. (voir ci-dessus, à la page 88).
Ces enseignes furent peut-être respectées comme objets d’art, mais nous ne croyons pas qu’on ait sauvé alors une seule des statues de la Vierge, si multipliées dans l’ancien Paris, et qu’on voyait encore avant 1789 en toutes les rues, la plupart dans des niches ou sur des piédestaux extérieurs. Beaucoup de ces statues étaient honorées, depuis des siècles, d’une sorte de culte muet, qui se traduisait par des génuflexions
et des signes de croix; quelques-unes, parmi ces