Passons à l’enseigne de Jean de Paris et à ses demandes. La légende nous donne le sujet de cette enseigne: «Le roi, surnommé Jean de Paris, vivement épris de la fille d’un pêcheur, afin de gagner le cœur de sa belle, ne dédaigne pas de prendre le costume de cette profession. Le père le surprend aux genoux de sa fille et devient furieux. Le roi, pour se soustraire à sa juste indignation, est forcé de se faire reconnaître.»—Balzac critique fort cette enseigne d’un magasin de soieries, rue du Bac, nº 4. «Quoi! la princesse de Navarre se laisse baiser la main par Jean de Paris! s’écrie le grand sénéchal, avec un étonnement tout à fait comique. Eh bien! oui, l’indifférente princesse connaît enfin les délices de l’amour. Sur l’enseigne de la rue du Bac, c’est comme dans l’opéra, si ce n’est cependant que dans la pièce la princesse a l’air noble et la mise élégante, tandis que sur le tableau elle ressemble à une cuisinière endimanchée, et Jean de Paris à un conscrit. N’oublions pas de dire que le peintre, infiniment ingénieux, a mis un chêne centenaire, tout entier, dans la tête de l’héroïne et que cela produit un effet... Et le sénéchal donc, il est sublime comme un intendant[249].»
D. N’avez-vous pas l’âme interdite
Par quelque émotion subite?
D. D’amour attirant l’étincelle,
Pensez-vous à la bagatelle?
Au Diable boiteux. «Le Diable boiteux, dit la légende du jeu de cartes, délivré du pouvoir magique qui le retenait dans une bouteille, voulant marquer sa reconnaissance à son libérateur, lui fait remarquer l’intérieur des maisons et lui fait connaître les mœurs, les différents quartiers et les vices de toutes les classes de la société.» Dans Balzac, «le Diable boiteux est l’enseigne d’un magasin de nouveautés, rue de la Monnaie, nº 23, et c’est une demoiselle qu’il prend sous sa protection, et le petit bonhomme à béquilles suffit pour la préserver des séductions d’une légion de diables qui ont un comptoir pour champ d’honneur et pour arme une demi-aune[250].»
R. Je ne saurais rien révéler,
Mon état est de tout cacher.
R. Je ne veux rien vous accuser!
D’un aveu l’on peut abuser!
A la Blanche Marguerite. «Une jolie demoiselle, éprise d’un page, interroge une fleurette que l’on nomme marguerite, en l’effeuillant pour savoir si elle est aimée un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Elle en était à la troisième fleur qui lui ôtait toute espérance, lorsque son amant, caché dans un arbre, s’empresse de la désabuser.» Balzac n’a pas décrit cette enseigne.
D. Ne craignez-vous pas qu’on abuse
D’une bonté que rien n’excuse?
D. Quand un objet parle à notre âme?
A la Belle Anglaise. «Les Anglaises sont belles et fières; on les dit sages, mais, pour l’amabilité, la finesse, l’esprit, la beauté et le plaisir, on préfère les Françaises.» Balzac fait l’éloge de cette enseigne d’un magasin de soieries, rue Saint-Denis, nº 94: «Le dessin de cette enseigne est assez artistement entendu; le peintre avait probablement un modèle. Ah! si c’était la maîtresse de la maison! Mais pourquoi pas[251]?»
R. Être accueilli de vous, et mes vœux sont comblés!
R. Qu’à vos désirs vous imposiez la loi.
A la Balayeuse. «Par leurs jolies balayeuses, depuis nombre d’années les marchands de lingerie attirent les chalands.» Silence de Balzac sur la Balayeuse, qui était une sorte de falbala garnissant le bas de la robe des femmes et qu’on a remis à la mode il y a trois ou quatre ans.
D. Que désirez-vous de moi? Je suis tout à vous.
D. A quoi pensez-vous maintenant?