François Iᵉʳ voulut aussi que son poète valet de chambre, Clément Marot, consacrât quelques vers à la mémoire de la muse bien-aimée de Pétrarque[253]. L’exemple de François Iᵉʳ fut généralement suivi sous son règne, et jusqu’à la fin du siècle on faisait composer, par les poètes les plus renommés, des épitaphes en vers, qui étaient gravées sur les tombeaux[254]. La poésie était en honneur; les distiques grecs, latins et français illustraient aux jours de fêtes publiques les arcs de triomphe en toile peinte, les fontaines en torchis et les décors de l’Hôtel de ville. Il est tout naturel que les inscriptions en vers soient descendues de ces monuments d’apparat sur les enseignes.

Malheureusement, ces enseignes enlevées ou détruites, on n’en a pas conservé les vers, si ce n’est dans quelques marques typographiques de libraires et d’imprimeurs[255]. On sait que ces marques n’étaient souvent que la représentation de leurs enseignes, qui sont ordinairement indiquées dans l’adresse même du libraire ou de l’imprimeur[256]. La plupart des marques typographiques datent du XVIᵉ siècle, et, comme nous l’avons déjà dit (voir chap. XVI, Enseignes de sainteté et de dévotion), elles ne laissent pas douter qu’un certain nombre des libraires de Paris ne fussent secrètement attachés à la réformation luthérienne ou calviniste.

Nous citerons seulement quelques distiques et quelques quatrains, gravés autour de ces marques ou imprimés au dessous. La marque de Conrad Badius, qui, après avoir exercé l’imprimerie à Paris, transporta ses presses à Genève, pour pouvoir professer librement la religion nouvelle, représente le Temps qui retire du puits la Vérité; ce distique est imprimé à droite et à gauche du sujet qu’il interprète:

Des creux manoirs et pleins d’obscurité,
Dieu, par le Temps, retire Vérité.

Le libraire Jean Trepperel, qui fit paraître un grand nombre de vieux romans de chevalerie en prose, avait mis ce distique autour de son enseigne à l’Écu de France:

En provoquant ta grant miséricorde,
Octroie-nous charité et concorde.

Gilles de Gourmond, imprimeur privilégié du roi, avait ajouté ce distique à ses armoiries, soutenues par deux licornes, sous les auspices de saint Georges:

Tost ou tard, près ou loing,
A le fort du feble besoing.

L’imprimeur Le Petit Laurens, qui avait aussi dans sa marque deux licornes soutenant un cercueil couvert d’un poèle de deuil, avec ce nom: la Blanche, ne nous explique pas un sujet aussi lugubre dans ce distique philosophique:

Chascun soit content de ses biens.
Qui n’a suffisance n’a rien.