Là, de l’autre côté, côté des dames:
Aux dames, par mon talent,
Je veux être un aimant.
«C’est une chose convenue, dit Balzac, qu’en fait de poésie il n’y a que les coiffeurs, et nous n’hésitons pas à dire qu’en fait de vers M. Lacroix a mis le sceau à la réputation du corps.» Lacroix, perruquier-coiffeur, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8, avait mis ce quatrain au bas de son tableau d’enseigne représentant Absalon pendu par les cheveux aux branches d’un arbre:
Passans, contemplez la douleur
D’Absalon pendu par la nuque.
Il eût évité ce malheur,
S’il eût porté perruque.
Balzac a oublié un coiffeur de ce temps-là, Michalon, père du peintre de ce nom, demeurant alors rue Feydeau et faisant des vers enragés de coiffeur, qu’il exposait en tableaux à tous les coins de ses salons de coiffure.
Le Petit Dictionnaire des Enseignes de Paris cite trois magasins de nouveautés (non pas des livres, mais des chiffons), avec des enseignes en vers:
Primo: Au Nœud gordien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233:
Du nœud gordien vous connaissez l’histoire:
Un conquérant sut le trancher.
Bien plus adroit que lui, vous aurez plus de gloire,
Si vous savez le former.
C’est là ce que dit la demoiselle de magasin, peinte sur l’enseigne, à un élégant jeune homme qui achète une cravate et qui ne répond pas en vers.
Secundo. Au Soldat cultivateur. M. Marchandon, marchand de nouveautés, faubourg Saint-Antoine, nº 77, avait fait faire à prix réduit, dans l’atelier du peintre Vigneron, la copie de son tableau du Soldat laboureur, dans lequel le soldat est représenté bêchant son champ et faisant sortir de terre des débris d’armes et d’ossements qui annoncent que l’agriculture a repris possession d’un ancien champ de bataille. Les vers explicatifs sont pris dans les Géorgiques de Virgile, traduites par Delille: